Nyanyogo filant le cotonSoeur Nicole Robion : Ce que j’ai appris de la sagesse d’une mère de famille de religion traditionnelle :

Pour apprendre la langue sénoufo, un jour que Nyanyogo, cette mère de famille, était venue au dispensaire et que j’avais remarqué son parler clair, je l’ai suivie chez elle. Pendant des années, nous avons vécu une belle amitié et voici ce que je peux partager de sa sagesse.

Sur l’accueil :

Dieu n’aime pas que l’on soit triste. Si ton œil est aigre, ton cœur aussi est aigre et tout en toi est triste. Si les gens viennent chez toi, accueille-les avec tes deux mains. Si nous nous honorons les uns les autres, Dieu nous honorera.

Sur une personne ennemie :

Si quelqu’un me déteste et que Dieu qui m’a donné la vie ne la déteste pas, alors moi, je ne peux pas faire de cette personne-là mon ennemi. Je ris avec elle et lui dis : »Comment ? Tu veux qu’on se bagarre ? Non, rions ensemble. » Je reste dans ces pensées-là. Toi Dieu, tu as mis en moi ta sagesse.

senoufo 13Le bonheur :

Si tu es heureux et que ton prochain ne l’est pas, alors ton bonheur n’en est pas un. Si tu as un avoir et que tu es méchant, Dieu ne peut tout de même pas te délaisser, mais il ne sera pas en amitié parfaite avec toi. Par contre, si tu es bon avec ton prochain, Dieu entend ton cri et celui de tes parents.

A propos des femmes jalouses de ses enfants :

Si le mal qu’elles me font ne fait pas de mal à Dieu, cela ne doit pas me faire de mal non plus, à moi, Nyanyogo. Le mal qu’on me fait, je le pose chez Dieu. Dieu est grand, c’est lui qui sait. Si je rencontre cette femme, je la salue, pas seulement des lèvres, mais avec mon cœur car si je suis triste dans mon cœur, j’ai déjà gâté ma récompense.

Sur la façon de donner :

Ne dis pas « Je n’ai pas donné grand-chose, car pour Dieu, c’est beaucoup. Ce qu’on te donne ça plait encore plus à Dieu qu’à toi-même. Ce que tu donnes aux enfants, ça plait à Dieu. Dieu est derrière les enfants pour les faire paitre, car les enfants ne connaissent rien. Si Dieu ne les aide pas, ils vont se promener comme des bêtes de brousse. Ce que tu donnes aux vieux plait aussi à Dieu, car eux n’ont plus de force, et tu trouveras la récompense près de Dieu.

senoufo 2Elle avait une excroissance au genou qui lui faisait perdre l’équilibre et il lui arrivait de tomber avec l’enfant qu’elle portait au dos. Elle en parle à Dieu : « Dieu, entends la voix de mes pleurs. Sois bon pour moi et mets sur ma route une bonne personne. Dieu m’a dit : « Tu es à moi, tais-toi. J’ai entendu la voix de tes pleurs. Ne sois pas pressée. Tu veux courir devant moi. Ne sois pas plus pressée que moi »
Je me suis dit à moi-même : « Si Dieu me donne c’est bien, si Dieu ne me donne pas ce sera encore très bien. Ce sera comme Dieu veut. Dieu sait nous conduire. Dieu nous aide à marcher comme un enfant que l’on tient sous les bras. Il nous guide comme un berger derrière ses vaches. »

Après une opération réussie à l’hôpital où je l’avais conduite, elle me dit : « Dieu s’est ajouté à toi et il m’a guérie. Tu as gâté ton argent, mais cela n’avait pas d’importance, c’était mon bien que tu cherchais. Ma guérison t’a fait plaisir ainsi qu’à ton père, à ta mère, à tes frères, mais cela a plu encore davantage à Dieu. Que Dieu te remplisse les deux mains jusqu’à ce que cela tombe à terre pour que tu puisses le jeter à toutes les races ».

senoufo 11En 1981, alors qu’une épidémie sévère de méningite sévit dans la région, elle prie ainsi : « L’honneur, je le mets en toi Dieu. A cause de la maladie, les gens meurent beaucoup. C’est cela qui me torture au lit, ce qui fait que je suis maintenant nonchalante, comme tu peux le constater. Quand je marche je vais comme à cache-cache, comme un chasseur en quête de gibier aperçu. Ma propre mort ne m’inquiète pas, mais celle des enfants, car si tous meurent, je me verrai dans l’obligation de ramper jusqu’à toi, Dieu, le moment venu. Or cela n’est pas correct. Mais si tu amènes la guérison, alors je pourrai avoir l’occasion d’être transportée par quelque enfant, le jour de mon départ chez toi, Dieu. Il me portera sur la tête, creusera ma tombe, m’y mettra, et alors je te rejoindrai. » Dieu m’a dit : « Comme tu parles ainsi, je t’entends ». C’est ainsi que Dieu dit qu’il ne peut pas m’abandonner. Il dit que son cœur et le mien sont les mêmes, que nous avons les mêmes pensées. »

Elle m’encourage à visiter les villages les plus éloignés où je me rends en mobylette, souvent par de mauvaises pistes : « Là où tu es Nicole, Dieu est. II t’a envoyée aux gens de son monde. Chaque matin, toute parole qu’il te dit, tu dois la faire tienne et trouver à la faire. Tu dois bien garder ce monde avec tes deux mains. C’est la volonté de Dieu de te remplir les mains sept fois, jusqu’à ce qu’elles débordent. Dieu pense à toi. S’il ne te donne rien, tu n’auras rien à donner aux autres. Si Dieu pense à toi, moi je ris jusqu’à lever la tête comme un oiseau. »

senoufo 1Elle compose et chante : « Si un étranger va dans un village, c’est qu’il cherche quelque chose. Si vous voyez Nicole dans un village, il y a une raison à ce voyage. Tu es venue pour que les êtres humains forment une famille. C’est pour une affaire de parenté que tu te promènes ainsi. Tu es venue pour que les êtres humains parlent entente.

Etres humains, aidez-moi pour le bien et non pour le mal. Mais de qui je parle ? C’est de toi Nicole. Etres humains, entraidons-nous, unissons-nous. Dieu n’oublie pas les êtres humains mais ce sont eux-mêmes qui mettent des différences entre eux. Dieu, lui ne fait pas de ségrégation.

Nicole va à Sougouma, à Kourouma, à Silorola puis à Ndosso, à Kanagara enfin à Ndorola. Quand elle est de retour, moi je lui dis : Bonne arrivée ! Comment vont les gens là-bas ? Elle répond qu’ils se portent bien. Je me cherche de la famille pour plus tard. »

senoufo 17A ma plus grande surprise, 14 ans après notre première rencontre, Nyanyogo demande à faire partie de la famille des chrétiens. Son attachement à Jésus transparaît à travers ses chants qu’elle compose à ce temps d’entrée en catéchuménat : Ta résidence est bonne, je vais m’asseoir à côté de toi, Jésus, fils de Dieu. Surmonteur d’obstacles, je vais rester à tes côtés. Jésus, à la rosée du matin je t’appelle, à midi je t’appelle.

Je mettrai ma main sur l’épaule de Jésus et m’assiérai à côté de lui. Si l’épervier vient, tu l’empêcheras de me prendre comme un poussin.

J’ai fait mon champ à côté de celui de Jésus et quand Jésus se lève, je me lève aussi à son bruit. Gens du monde, faites votre champ à côté de celui de Jésus et quand Jésus se lève, levez-vous aussi à son bruit.

Je suis restée dans mon coin de souffrance jusqu’à ce que Jésus vienne me visiter de son nez. Et cela quel bonheur ! Alors demain, qu’en sera-t-il si toute sa tête se montrait à moi !

Photos tirées du site internet : http://www.senoufo.com/accueil

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