Sr Thérèse Pagnac, Sœur Missionnaire de Notre Dame d’Afrique, a eu 100 ans au mois de mars 2018.Thrse lit son courrier

Nous avons célébré son anniversaire à l’EHPAD de Meaux en France, heureuses de bénéficier de ce beau moment de partage. Thérèse a prié le Notre Père en langue dagari, « comme je le fais chaque jour », nous a-t-elle dit ! Puis elle nous a parlé abondamment de sa vie avec gratitude pour le passé et optimisme pour le présent. Merci Thérèse !

Thérèse, comment te sens-tu alors que tu as 100 ans ?

Je trouve que c’est étonnant. Je me suis demandé si j’allais y arriver. Au moins trois fois dans ma vie, j’étais au bout. La raison en était le palu. En ces années de la grande guerre, vu la rareté de la quinine, chaque Père et chaque Sœur ne disposait que d’un comprimé par jour (à prendre le soir). Une fois, Mgr Dupont a dit aux Pères de Bobo-Dioulasso « Nous allons perdre une jeune sœur » et il leur demandait de se priver de quinine pendant 8 jours pour que je puisse doubler ma dose.

Lors d’un autre palu cérébral, j’ai pensé qu’on pourrait m’enterrer vivante !

Au fond la mort ne m’a jamais fait peur. Dans ma jeunesse, mon père tenait pour tout le village un dépôt de couronnes mortuaires !

En Afrique, je ne manquais pas d’occasions car nous participions à chaque deuil. Une fois, lors des funérailles d’une femme de chef, je suis restée endormie au pied d’un arbre, au moins une demi-heure. Voyant que j’étais restée longtemps, les femmes m’ont dit : « Tu l’aimais celle-ci ! » Elles ne s’étaient pas aperçues que je dormais !

Qu’as-tu à nous dire ?

Je suis au bout de mes jours et c’est magnifique ce qui se passe maintenant. On a commencé si petit, et maintenant c’est extraordinaire, c’est l’Afrique devenue apôtre. La congrégation peut aller de l’avant.

Il ne faut pas trop insister sur le passé. J’ai eu beaucoup de chagrin de quitter l’Afrique en 1976. J’étais écrasée de ne pas pouvoir y retourner. Aujourd’hui, je pense que les supérieures ont bien fait de ne pas m’y renvoyer. J’ai vécu de très belles choses en Afrique et des choses magnifiques pendant 20 ans à l’aumônerie de Sceaux, avec les baptêmes des jeunes. 

Parle-nous d’un souvenir qui t’habite aujourd’hui

Il s’agissait d’une « femme rejetée», sauvée par les Pères. Son travail à la mission : balayer la grande église. De ce fait, elle entendait toutes les catéchèses et cela depuis 3 ans (temps demandé alors pour se préparer au baptême). Mais avant le baptême, il y avait un examen avec questions. Admise avec les autres catéchumènes de cette année-là, elle a eu peur de ne pouvoir répondre et elle me dit : « Il y a longtemps que j’écoute toutes ces catéchèses et je ne me rappelle de rien ! » Et elle me récite son Sanctus ! Alors j’ai eu cette conviction : « Je vais le dire aux Pères, tu seras baptisée ! »   Maintenant, quand j’entends le  Sanctus, je pense à elle !

Recueilli par Sr Nicole Robion, Sceaux Filmins

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